Cette porte, qui n’a de lépreux que le nom, est un bel exemple de porte piétonne d’époque Renaissance lorraine. Le millésime 1591 gravé sur la clé en fait le plus vieux témoignage daté de la commune.
La porte des Lépreux dans ses deux dernières mises en scène : dans le jardin de la famille Hoffmann jusqu’en 2012, puis au rond-point de la rue des Roses (photos coll. CMHL et fln 2022).
L'HISTOIRE
Autrefois, la porte des Lépreux ouvrait la façade du numéro 120 de la rue de la République.
En 1944, pendant la libération de la commune, cette maison fut détruite dans les bombardements. Par la suite, M. Marcel Hoffmann récupéra la porte avec l’autorisation des propriétaires et la mit en valeur dans son jardin, à l’angle de la rue de la République et de la rue des Roses. Son fils, René Hoffmann, ancien secrétaire général de mairie et président fondateur du Club marangeois d’histoire locale, en fit don à la commune. Depuis 2015, elle est visible au rond-point de la rue des Roses.
Bien qu’incomplète et sortie de son contexte d’origine, la porte des Lépreux n’en demeure pas moins un vestige remarquable, tant pour son style que pour son inscription : la date 1591 accompagnée d’une maxime en latin. La qualité médiocre de la gravure témoigne d’une inscription postérieure : la porte est donc probablement un peu plus ancienne.
Cette inscription a suggéré à certains qu’il s’agissait de l’entrée d’une léproserie ou d’un hôpital, hypothèses aujourd’hui écartées : ni l’un ni l’autre de ces établissements n’a existé dans l’enceinte du village, en tout cas à cette époque. La maxime, Patientia vincit omnia : « La patience triomphe de tout », est sans doute à interpréter dans un sens religieux, le terme « patience » devant être pris dans le sens d’acceptation de la souffrance, une posture d’esprit destinée à supporter notre condition humaine dans l’attente du paradis. Du côté catholique, cette attitude est bien imagée dans les traits du Bon Dieu de Pitié, visible à quelques centaines de mètres, mais une origine protestante est également possible, certains Messins propriétaires sur Marange étant alors de confession calviniste. On évoquera enfin le destin d’Idatte, femme de Domange Mangenot, condamnée pour sorcellerie, dont la maison, juste de l’autre côté de la rue, fut mise en vente cette même année 1591. Coïncidence ?..
DESCRIPTION
C’est une porte piétonne voûtée en plein cintre. L’angle est adouci par un chanfrein rond. Le cintre, formé de trois voussoirs, figure une suite de sept pierres, alternant des faces lisses et des bossages au motif componé en diagonale de pointes de diamant percées.
L’inscription portée sur la clé, date et maxime, a été gravée au stylet ; elle est devenue difficile à déchiffrer et nous avons fait confiance à ceux qui nous précédé il y a déjà plus de vingt-cinq ans.
Les jambages sont formés de trois pierres. Les plus grandes, celles du bas, ne sont pas d’origine. La disposition des deux autres est probablement improvisée. D’autres portes de la même époque, comme celle de Pierrevillers (voir photo), peuvent nous permettre d’imaginer la partie manquante.
POUR EN SAVOIR PLUS
Marange-Silvange, patrimoine et histoire, François Louis Noiré, Éditions des Cahiers du Billeron, 2025.
Le livre peut être consulté à la bibliothèque municipale de Marange-Silvange.